• by Alex HOUPERT
  • 20 September 2018

SACEM - STUDYTRACKS OU LE RAP POUR BIEN APPRENDRE SES LEÇONS À L’ÉCOLE

19 septembre 2018
STUDYTRACKS OU LE RAP POUR BIEN APPRENDRE SES LEÇONS À L’ÉCOLE
En cette période de rentrée scolaire, une application pour apprendre ses cours en musique vient de débarquer en France. Studytracks s’adresse aux collégiens et promet très rapidement une version pour réviser son bac. Une convention sera signée prochainement avec l’Éducation nationale pour un déploiement national. Studytracks ou comment s’adonner au « sérieux-cool ».


Et si apprendre ses cours était aussi simple que d'écouter une chanson ?!
L’argument massue de cette plate-forme éducative pourrait sentir le marketing à plein nez, si certains chercheurs en psychologie cognitive ne s’y intéressaient de près. La musique est un outil de stimulation cognitive et à Dijon, sous la direction d’Emmanuel Bigand, les étudiants du Laboratoire d’Études de l’Apprentissage et du Développement (LEAD) du CNRS travaillent d’arrache-pied sur cette plateforme créée en Angleterre voici deux ans.
Les neuroscientifiques ont découvert que la musique stimulait les zones limbiques et orbitofrontales qui sont associées à la mémoire et à la concentration.

UNE INTUITION RENTABLE

Tout commence par une scène de famille avec ado binoclard, limite échec scolaire, et un père quasi désespéré, qui s’échine à répéter « révise tes cours au lieu d’écouter de la musique ».
Sauf que le père du jeune homme n’est autre que George Hammond-Hagan, producteur et compositeur pour la scène hip hop et R’n’B’ dont le nom est associé à ceux de Mark Morrison ou Lisa Stansfield.

De guerre lasse, il décide donc de mettre les cours du fiston en musique et va boire un verre avec son pote Alexandre Houpert, un ancien banquier français fan de musique devenu entrepreneur. Ainsi démarre Studytracks avec un cours de physique version rap.
L’histoire raconte que le jeune homme réussit son premier examen à force d’écouter les musiques de papa sur le chemin de l’école.

Le succès de la méthode ne cesse de se vérifier depuis lors.
Aujourd’hui l’appli, pensée pour des utilisateurs individuels qui peuvent avoir accès aux chansons pour 4,99 euros par mois, est utilisée par 300 000 personnes dont 100 000 en France depuis le mois de mars.
Un projet que l’Éducation Nationale regarde avec attention ; une plateforme à destination des profs est en cours de préparation. « L’application est en test dans l’Académie de Poitiers et nous espérons signer une Convention pour un déploiement national d’ici à la fin de l’année » témoigne Alexandre Houpert.


POUR RÉVISER LE BREVET VERSION FUN

Le catalogue de Studytracks propose 175 chansons en français et 1 300 en anglais sur toute une série de thèmes scolaires.
Il doit recouvrir ainsi l’ensemble du programme des classes de 4ème et 3ème visant à préparer au brevet des collèges, toutes disciplines confondues. Du théorème de Thalès à l’histoire de la condition féminine, en passant par la définition de la polysémie, tout y est syncopé, rythmé et mis en musique.

Ainsi Édith Cresson se retrouve en héroïne d’un rap pédago avec fiche en pdf, pour avoir été la première et unique femme premier ministre, à ce jour. Idem pour faire le distinguo entre dénotation et connotation, ça rime et imprime.
Afin de favoriser la mémorisation car il s’agit bien de révision, chaque information pour l’élève est répétée trois fois : 1/ parlée 2/ chantée 3/ chantée mélodiquement.

Studytracks ne se substitue pas aux cours donnés par les professeurs.
Écouteurs dans les oreilles, installé dans le bus ou dans sa chambre, cette méthode ludique s’appuie sur des répétiteurs du nom de Kadje, Akram ou Alvin, tous rappeurs en vue sur You Tube.
À moins de préférer Mathieu Guszkiewicz alias Boskomat, le prof rappeur du collège Sainte Thérèse de Avesnes-sur-Helpe, petite commune du Nord de la France, qui s’est fait une sacrée réputation sur les réseaux avec une chanson inspirée de « Sacré Charlemagne » de France Gall.


DES VERTUS DU RAP

Le rap est l’une des musiques les plus écoutées des ados mais il est aussi « idéal pour l’apprentissage » selon Laura Ferreri, docteur en psychologie cognitive et maître de conférences à Lyon 2, « car c’est dans la musique où il y a le moins d’interférence entre le mot et le son ».
Et la jeune chercheuse de poursuivre « ce mélange entre les stimuli musicaux et les infos linguistiques permet de booster l’encodage du cerveau et la récupération de l’info ». Cette bénédiction scientifique est donc venue valider l’intuition de départ. L’appli s’est d’ailleurs déployée avec le concours de scientifiques et de professeurs pour épouser au mieux les processus d’apprentissage.

Cependant si la version anglophone de l’appli est 100% rap, celle en développement en France diversifie les styles musicaux.
« La musique en France est plus complexe » précise Alexandre Houpert, « il y a beaucoup de plus de mélodies chantées, il y a donc aussi de la pop et du R’n’B’. Le rap ne représente que 60 % de notre catalogue en français ». L’important c’est le « Hook » ou hameçon en français (la partie accrocheuse d’une chanson) selon la terminologie utilisée dans cette start-up innovante, car l’idée est de pouvoir mémoriser les paroles d’une chanson sans même le vouloir. Studytracks a donc définitivement enterré la bonne vieille méthode de grand-mère, ou plutôt la légende, qui voulait qu’on apprenne mieux, pendant son sommeil, en écoutant des cassettes placées sous l’oreiller.

Pas question de transformer les salles de classe en salles de concert, mais les méthodes d’apprentissage devraient prendre un sacré coup de jeune si Alexandre Houpert arrive à ses fins.
Doubler le nombre d’utilisateurs et élargir l’offre avec dès le mois d’octobre une version à destination des futurs bacheliers. Pour faire rapper Kierkegaard ou Spinoza !

Pascal Marsaa