• by Aurélie Tailleur
  • 14 June 2019

FRANCE CULTURE - Les applications sauvent-elles les révisions du baccalauréat ?

Parmi les nouveaux venus dans cette jungle de l'EdTech en France, Studytracks, lancée il y a un an et demi. Cette application propose quelques 560 cours chantés, sur des thèmes comme la liberté en philosophie, l'affaire Dreyfus en histoire ou encore le théorème de Thalès en mathématiques. Pour se démarquer, le créateur Alexandre Houpert assume son positionnement sur un outil mis à disposition des enseignants sur toute la durée de l'année scolaire, pour éviter le décrochage et amorcer le travail de certains points de cours.

La version complète de l'application est accessible avec un abonnement à 4,99 euros par mois. Cette semaine, elle a été téléchargée jusqu'à 10.000 fois par jour. "C'est vrai que là on voit un pic énorme de téléchargement sur des élèves qui veulent apprendre rapidement juste avant les examens. On a beaucoup de demandes sur la philosophie avec le bonheur chanté par Soprano, ou la Liberté avec JoeyStarr."

Même si des tests menés par Studytracks montrent que "88% des élèves qui écoutent la première fois sont capables de répondre à une série de questions sans faute", pour Alexandre Houpert, ces révisions de dernière minute ne sont cependant pas le cœur de cible de son application :

"Ce n'est pas une application de révision, mais d'apprentissage. Elle est utilisée toute l'année en complément d'un enseignement classique. Les enseignants l'utilisent en pédagogie inversée : les élèves peuvent écouter de la musique pédagogique sur le chemin de l'école. C'est une façon d'apprendre différente qui est en lien avec les habitudes actuels des jeunes."


Aux Etats-Unis, Studytracks est utilisée dans 250 écoles. Alexandre Houpert est en discussion avec le ministère de l'Education nationale pour que son application intègre les classes françaises.

Emmanuel Bigand, chercheur en psychologie cognitive : "Ces applications peuvent être utilisées comme des astuces mnémotechniques"

Sur Twitter, beaucoup de lycéens taguent leurs applications favorites, les remerciant de "sauver leur bac." Si la tentation des innovations liées aux nouvelles technologies est importante au moment de réviser leur baccalauréat, la recherche en psychologie cognitive prouve les limites de ces applications : "L'application est divertissante donc ça vous donne de l'énergie, mais en fait cette énergie est utilisée en grande partie pour le divertissement et pas pour apprendre l'information de contenus. On a l'illusion qu'on apprend mieux, c'est plus sympa mais ce n'est pas plus efficace du tout" explique Emmanuel Bigand, chercheur en psychologie cognitive à l'université de Bourgogne et à l'Institut Universitaire de France.


Il ne faut pas voir ces applications comme des solutions miracles, mais plutôt comme un outil complémentaire pour un élève qui a régulièrement travaillé pendant l'année :

"Il peut utiliser ces applications comme des astuces mnémotechniques pour récupérer de l'information qu'il a pris le temps d'apprendre pendant l'année. Mais si au moment de bachoter il utilise ces applications pour coder en mémoire à long terme des informations qu'il n'a pas vraiment regardées pendant l'année, on demande beaucoup trop à ces applications. Un étudiant qui n'a pas fait un travail régulier ne va pas être énormément aidé par ces applications. Je fais un peu le rabat-joie, mais ce n'est pas parce qu'on a un support rigolo que le cerveau apprend mieux. "


Inutile donc d'essayer de compenser un manque de révisions en multipliant les abonnements à plusieurs applications. Mais l'anxiété face au baccalauréat alimente une partie du marché de l'EdTech. En matière d'application, Kartable et Schoolmouv arrivent en tête des plus utilisées selon l'Observatoire EdTech. En 2017, le parascolaire représentait 4 millions d'euros de ce marché qui s'élevait dans son ensemble à 89 millions d'euros. 

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